Partage ton Pop Corn #14 avec Ezra Miller pour Another Happy Day
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À l’occasion de la sortie d’Another Happy Day de Sam Levinson ce mercredi 1er février, Pop Corn a rencontré un des acteurs principaux, Ezra Miller. Un des plus prometteurs espoirs du cinéma américain indépendant.
Ezra Miller est un garçon à part. Nous accueillant avec un grand sourire et un « Hi guys ! » enjoué, il nous parle de son amour pour Paris. Une ville qu’il considère comme une amie et avec laquelle il entretient une relation épisodique mais intense. Autant dire qu’il sait comment charmer les journalistes qui défilent sans discontinuer depuis le matin dans son hôtel parisien.
Mais Ezra Miller n’est pas qu’un séducteur. Quand on lui demande si Another Happy Day peut être considéré comme une comédie, il place le débat sur le terrain de la littérature grecque. Dans cette perspective le film doit être perçu comme une tragédie : la fin ne voit pas tous les souhaits des personnages se réaliser, la vie continue et les problèmes persistent. Le réalisateur laisse ainsi le spectateur libre d’imaginer le destin de ces personnages. Cependant les aspects comiques ne manquent pas, de sorte que le rire se mêle aux larmes. Traiter la douleur par l’humour est nécessaire, comme une forme de catharsis permettant d’expier la souffrance. C’est également le meilleur moyen d’être au plus près de la vérité.
Comédien à part, Ezra Miller l’est aussi par sa profonde conscience des enjeux du film. « La vision de la famille proposée par Sam Levinson est extrêmement juste. Si l’on se rapprochait de chaque famille comme on se rapproche de celle du film, on verrait que toutes les familles se ressemblent. » Tant de temps passé ensemble crée forcement des dissensions, et parfois même des explosions. Ce qui ne remet aucunement en cause l’amour qui les unit.
Ce paradoxe entre amour et destruction atteint son paroxysme dans le personnage d’Eliott – incarné par Ezra Miller. « Elliott semble peu sensible à ce qui se passe autour de lui, mais comme la plupart des gens dans la vraie vie, il cache beaucoup de choses. Blessé, il a trouvé des moyens incroyables de s’échapper en étant constamment défoncé. » L’ironie dont il fait preuve à l’égard de sa famille est une forme de protection, un remède pour pallier à son hypersensibilité.
Ce thème des blessures de l’adolescence, Ezra Miller le maîtrise parfaitement. Le public français l’a découvert l’année dernière dans We need to talk about Kevin de Lynne Ramsay, film dans lequel il interprétait un adolescent meurtrier. « Kevin et Elliott sont deux personnages très différents, mais ils ont comme point commun de faire face tous les deux aux grandes difficultés de l’adolescence. C’est un moment charnière où, comme dirait George Washington, il faut contrôler notre conscience, « cette petite étincelle de feu divin ». C’est ce qui rend ces personnages intéressants à jouer. Je ne me lasse pas d’en explorer toutes les complexités. »
Un enthousiasme apparemment partagĂ© par tous les comĂ©diens d’Another Happy Day. « Nous Ă©tions tous rĂ©unis dans une mĂŞme volontĂ© de faire quelque chose de bien, ce qui a rendu le tournage passionnant ». D’autant que le rĂ©alisateur a laissĂ© aux acteurs une grande libertĂ©, refusant de rĂ©pĂ©ter avec eux avant le tournage et n’hĂ©sitant pas Ă réécrire les dialogues en fonction de leurs erreurs pour insuffler aux scènes vĂ©ritĂ© et spontanĂ©itĂ©. « Il [Sam Levinson] a vĂ©ritablement voulu capter des moments de vie. Par exemple, lors de la scène oĂą Kate Bosworth et moi-mĂŞme sommes dĂ©foncĂ©s dans la cuisine la nuit, je devais dire le mot « swap » [Ă©changer] et Ă la place j’ai dit « swamp », ce qui est une erreur. Nous avons tous deux explosĂ© de rire et du coup, la scène gagnait en naturel. » Une anecdote qui montre bien le degrĂ© d’implication d’Ezra Miller dans son personnage. Pour prĂ©parer ce rĂ´le, il a vĂ©cu une pĂ©riode de « deep depravation » qui l’a marquĂ© physiquement. Ă€ tel point que le jeune homme souriant et charismatique que nous avons rencontrĂ© avoue ĂŞtre devenu pendant plusieurs semaines un ĂŞtre craintif et recroquevillĂ©.
On n’est donc pas étonné lorsqu’il affirme que sa principale motivation dans le choix des scénarios est de « donner vie » à des personnages qui lui tiennent à cœur. « Pour moi le cinéma relève avant tout de la nécessité de raconter une histoire ». Le succès n’est qu’accessoire. Quand on lui demande s’il a l’impression d’être entré dans le monde du cinéma par la grande porte, il affirme ne pas comprendre cette hiérarchisation. « Je pense que ces histoires de niveaux n’ont pas de sens et donc je ne sais pas à quel niveau je suis. Je fais ce que j’aime, comme je le veux, je choisis des rôles que j’ai envie d’approfondir. » Il reconnaît cependant qu’être invité dans les plus grands festivals du monde [Cannes et Sundance] est un immense honneur. « Pouvoir rencontrer tous ces gens qui partagent leur travail, défendent leur œuvre est quelque chose de très enrichissant. »
L’avenir nous dira si l’on a raison de voir en Ezra Miller un futur grand comĂ©dien. En attendant vous pourrez le retrouver cette annĂ©e dans The Perks of Being A Wallflower – aux cĂ´tĂ©s notamment d’Emma Watson.
À la fin de notre entretien, Ezra Miler nous confie que la promotion est pour lui un plaisir. Passer une journée enfermé à répondre toujours aux mêmes questions ? Il trouve ça « cool ». « J’aime le film et j’ai envie de le défendre, donc la promotion me plaît ». Un garçon définitivement à part.
Propos recueillis par Nina Karam Leder et Philippine Le Bret
Merci à Laurence Granec et Karine Ménard d’avoir rendu cette interview possible
